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Sous la plume de Joseph Mallozzi

<- Photo : Paul Mullie et Joseph Mallozzi

En peu de temps, Joseph Mallozzi s'est imposé comme l'un des grands scénaristes de la série, devenant même le bras droit de Brad Wright, le créateur de Stargate SG-1, et l'un des producteurs de la saison 5. Parmi ses meilleurs scénarios, on se souvient en particulier de l'épisode parodique Wormhole X-treme, qui se fait fort de se moquer de la production de la série. Un homme très gentil, qui nous a même écrit l'épisode guide de la saison 6 de ce numéro.

Séries TV : Est-ce que vous et Paul Mullie, votre collaborateur, avez chacun une spécialité quand vous écrivez ou est-ce que vous vous partagez tout ?

Joseph Mallozzi : Paul et moi sommes devenus producteurs superviseurs à la cinquième saison, ce qui veut dire que nous produisons nos propres épisodes, nous faisons toutes les réunions et nous faisons notre propre montage en post production. Habituellement, l'un d'entre nous arrive avec une idée, il la présente, nous en discutons et puis nous allons voir Brad Wright et Robert C. Cooper pour vendre notre idée avec enthousiasme. Ensuite, nous faisons une réunion tous les quatre et nous discutons. Une fois passée cette étape, Paul et moi nous enfermons dans une pièce et nous tentons de structurer et de construire l'histoire sur papier. Nous en produisons une première mouture que nous imprimons et que nous soumettons à l'approbation de l'équipe. En général nous travaillons dans le bureau de Paul parce que j'aime travailler assis et que les sièges sont loin d'être confortables ici ! Nous écrivons ensemble, mais c'est souvent lui qui tape, et nous essayons les dialogues entre nous. A deux, c'est plus facile de construire un dialogue. A certaines occasions, si nous sommes un peu en retard par exemple, nous emmenons le scénario à la maison pour le week-end et nous nous renvoyons les versions retravaillées du scénario par Internet.

S.TV : Comment avez-vous commencé à travailler sur la série ?

JM : Notre agent nous a appelé pour nous dire qu'il présentait notre candidature pour travailler sur une série intitulée Stargate, alors j'ai regardé un épisode, Emancipation (1#03), que je n'ai vraiment pas trouvé bon. Nous avons lu la bible de la série et nous avons regardé les épisodes qu'ils nous avaient envoyés. Nous en avons tiré à peine cinq idées que nous leur avons communiquées. Ils nous ont alors demandé de leur envoyer des synopsis de trois d'entre elles, et ils ont aimé. Le premier épisode que nous ayons écrit était Terre brûlée (Scorched Earth-4#09). Le premier épisode que j'ai écrit et qui a été filmé a été Wormhole X-treme (5#12). Nous l'avions écrit très vite et c'est le premier qui a été produit. En ce qui concerne Terre brûlée, ils nous avaient donné le feu vert pour écrire un synopsis et puis ils nous l'ont fait récrire pour faire tels ou tels changements… Je crois qu'ils étaient inquiets parce qu'ils avaient essayé d'autres auteurs et ils n'en avaient pas trouvé un seul qui soit capable d'appréhender vraiment la série. Il faut dire que c'est assez difficile à cause de toute cette mythologie qui sous-tend tout. Paul et moi avons réécrit l'épisode et ils ont aimé notre nouvelle version et ils nous ont proposé d'être embauchés dans l'équipe pour la quatrième saison. Depuis, nous sommes restés.

S.TV : Y a-t-il des aspects de votre métier que vous appréciez plus que les autres ?

JM : Ce que j'aime le plus, c'est la toute première phrase de conception d'une histoire, quand on n'a que le germe d'une idée. Quand Brad arrive en disant qu'il veut faire une histoire avec disons… un chien et un singe, par exemple. Alors tout le monde s'enferme dans une pièce et commence à faire des suggestions… On commence en fait à étoffer l'idée pour en faire une histoire. On n'a pas encore, loin s'en faut, un scénario bien lisse, c'est le moment où tout le monde jette en vrac les idées les plus folles et ça forme une sorte de noyau pour l'épisode à venir. Quand on a tout ça, on essaye d'en faire sortir une histoire. Il est très rare que nous nous asseyions autour de la table et qu'il en sorte directement un épisode cohérent du premier coup. Le plus souvent, on rentre chez nous, on pond une histoire à notre façon et quand on revient, on la présente aux autres. Là, on modifie ce qui ne marche pas, on change telle ou telle chose, on écoute les suggestions, et puis on rentre et on réécrit. Mais j'aime cette phase initiale où l'on a une idée et où tout le monde y ajoute son grain de sel pour définir quel genre d'histoire ça devrait être.

S.TV : Avez-vous le souvenir d'un épisode particulier qui aurait été un cauchemar à écrire, ou au contraire d'une facilité déconcertante ?

JM : Disclosure, cette saison, a été un cauchemar parce que c'est un épisode de clips, peut-être de fin. C'est assez dur de travailler pour un épisode comme ça. En revanche, les épisodes plus humoristiques comme Un jour sans fin (Window of Opportunity-4#06) ou Point de non retour (Point of No Return-4#11) sont assez faciles à écrire… Tant qu'il y a une histoire ! Je veux dire Wormhole X-treme a été un peu plus difficile. Comme c'était le centième épisode, tout le monde voulait y mettre son grain de sel. Mais il fallait une histoire, on ne pouvait pas se contenter d'une série de péripéties marrantes, alors l'épisode n'a pas été si facile que ça à écrire. Un épisode comme Ultime recours (Desperate Measures-5#11) a été aussi très drôle à écrire. Et j'aime toujours m'attaquer à de gros épisodes comme Exode (Exodus-4#22), Descent (6#03) ou Révélations (5#22), parce que dans les histoires d'action, on doit tout régler, la localisation des personnages qui, s'ils sont là, ne peuvent pas être ici en même temps, ce qui implique parfois le bouleversement total d'une première version. C'est comme de jouer aux échecs avec les personnages comme pièces.

S.TV : Vous avez écrit peu d'épisodes avec des scènes émouvantes, pourtant, dans Révélations, il y a une grande scène au début entre Hammond et Carter. Est-ce que vous n'aimiez pas écrire ce genre de scène ?

JM : Ce n'est pas quelque chose que nous essayons d'éviter. Un jour sans fin, par exemple, était un épisode très marrant pourtant, et à la fin, il passe un courant d'émotions entre Jack O'Neill et Malakai. Ca ne nous intimide pas, ça dépend surtout de l'histoire. L'une des meilleures choses quand on écrit pour Stargate, c'est le fait que l'on puisse s'attaquer à toutes sortes d'histoires. On peut faire des épisodes marrants et fantaisistes comme Wormhole X-treme, Point de non retour ou encore Un jour sans fin. On peut aussi faire des épisodes comme Révélations ou Exode où on casse tout, faire des épisodes plus modestes qui se passent sur Terre comme Ultime recours ou Réactions en chaîne (Chain Reaction-4#15) ou encore faire des épisodes centrés sur les personnages. C'est le cas de Cure (6#10), où l'on explore le passé et les relations passées de Daniel Jackson non seulement avec ses pairs mais aussi avec ses anciens amours qu'il a quittés. L'émotion n'est pas quelque chose que nous voulons éviter, mais ça dépend vraiment de l'histoire.

S.TV : Quelle est votre part dans l'histoire entre Jack O'Neill et Samantha Carter ? Pourquoi croyez-vous que certains téléspectateurs sont carrément obsédés par ça ?

JM : Beaucoup se disent que, puisque c'est une femme, elle n'a été mise là que pour devenir l'intérêt romantique de la série. Mais pour nous, ça n'a jamais été l'objectif. Ce qui se passe est simplement lié à la personnalité de O'Neill mais aussi à celle de Carter. Je crois que c'est quelque chose qui était là depuis le tout début de la série. Brad a simplement décidé de le mettre plus en avant dans Diviser pour régner (Divide and Conquer-4#05) en se disant que ces deux-là s'intéressent effectivement l'un à l'autre mais qu'à cause de leur travail, ils ne sont pas en mesure de s'impliquer dans une relation sentimentale. Et il y a eu un autre épisode… Sous la glace (Beneath the Surface-4#10), je crois. Dans le scénario original, il y avait une sorte d'histoire secondaire où O'Neill et Carter voyaient leur mémoire être effacée et se retrouvaient amants. Finalement, c'est devenu une histoire du genre : on aide ces gens qui sont oppressés, on récupère notre mémoire et on sauve nos vies… C'est bien, mais la vraie valeur émotionnelle de l'histoire était dans la première version. L'histoire de deux personnes très amoureuses l'une de l'autre, évidemment O'Neill et Carter, qui viennent à se rendre compte que peut-être que ce qu'ils vivent n'est pas vraiment leur vie et se demandent ce qui se passera s'ils retournent à une vie où ils ne sont pas ensemble. O'Neil dit que, quoi qu'il arrive, ses sentiments pour Carter ne changeront pas, qu'il l'aimera toujours. Voilà une histoire forte émotionnellement ! Je crois que finalement l'épisode a souffert de l'abandon de cette histoire dans l'histoire.

S.TV : En tant qu'écrivain et scénariste, aimez-vous jouer de l'alchimie entre deux personnages ?

JM : Oui, mais pas seulement entre eux deux. C'est drôle d'écrire pour Jonas, pour qui tout ça est nouveau ! Maintenant, il y a deux extraterrestres dans l'équipe, lui et Teal'c, qui vit sur Terre depuis cinq ans. Bien qu'il comprenne la culture terrienne, il en reste éloigné, tandis que Jonas s'intègre mieux. J'aime jouer de cette nouvelle dynamique entre ces deux personnages.

S.TV : Sur Internet, on vous a reproché de vous être focalisé sur des personnages extérieurs plutôt que sur SG-1 et d'avoir écrit beaucoup d'histoires qui se passent sur Terre.

JM : Aux fans qui pensent que la série devrait se passer sur d'autres mondes à chaque fois, je réponds qu'ils devraient revoir la première saison et s'y tenir parce que si l'on devait faire une série dont la trame est toujours que les héros vont sur une autre planète, sauvent les gens et reviennent, ça va vite devenir ennuyeux ! Et puis, franchement, il n'y aurait aucune évolution des personnages et on ne pourrait pas écrire des épisodes comme La Malédiction (Curse-4#13) ou Ultime recours (Desperate Measures-5#11). Au fur et à mesure que la série progresse, en particulier après la deuxième saison, on rencontre des gens, les Tollans, les Tok'ra… On construit des bases d'histoires auxquelles on peut revenir pour avoir de plus en plus de variétés d'histoires possibles. Et puis nous avons toujours huit ou neuf épisodes sur Terre par saison, et c'est surtout dû au budget. Il ne faut pas croire que construire un décor coûte la même chose que de faire des effets spéciaux, ça dépend des décors. Si on fait quelque chose comme dans La Tombe (The Tomb-5#08), c'est énorme, mais si c'est quelque chose de plus modeste, comme dans Shadow Play (6#07), où tout se passe au même endroit, c'est complètement différent.

S.TV : Avez-vous aimé écrire Sarcastic Sam dans la sixième saison ?

JM : Oui. Amanda est venue nous voir pour nous dire qu'elle voudrait bien être un peu plus marrante dans la sixième saison. Alors nous avons essayé de l'humaniser un peu plus. Le problème c'est que nous écrivons une série de science-fiction et que nous devons donc imaginer des solutions scientifiques qui reposent toutes sur elle, sachant qu'elle seule dispose du savoir approprié. Amanda fait un super boulot car elle essaye de comprendre vraiment ce qu'elle dit. D'ailleurs, elle donne totalement l'impression qu'elle sait de quoi elle parle. Pourtant, certains trucs sont très arides ! Des fans se sont plaints qu'elle était devenue une sorte de super Sam qui trouvait toujours la solution. Nous n'avons jamais essayé de créer une sorte de super femme, simplement, quand on écrit des histoires qui nécessitent une solution scientifique, on ne peut la faire trouver qu'à elle. Du coup, c'était génial dans la sixième saison d'essayer de l'humaniser un peu plus.

S.TV : Que croyez-vous avoir apporté à la série, Paul et vous ?

JM : Je crois que nous y avons apporté un peu d'humour. Mais nous ne sommes pas les seuls. Il y a aussi quelque chose de plus intangible, une ambiance. Je crois que ce qui crée la force de nos histoires, c'est cette atmosphère de pleine collaboration qui règne ici. Nous avons tous voix au chapitre dans les scenarii des autres. Donc, c'est un endroit génial pour travailler !

Caroline Terrée
Séries TV Hors Série Stargate SG-1

 

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