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Le
big boss
Robert C. Cooper assume au sein de l'équipe créative de la série la double
fonction de producteur exécutif et scénariste, avec à son crédit des épisodes
aussi variés que Ascension (un portrait intimiste de Carter), Nemesis (bourrés
d'action), Zénith (qui marque le départ de Daniel Jackson) ou encore Full Circle
(un épisode qui a bien faillit être le tout dernier de la série !). Un homme
plein de talent qui n'a manifestement pas peur d'un challenge.
Séries TV : Vous êtes un des principaux
scénaristes et producteurs de la série. Comment trouvez-vous le temps d'écrire ?
Robert C. Cooper : C'est difficile, c'est
vrai. C'est un vrai problème, je suis en permanence dérangé par des gens.
J'écris mieux le matin parce que je deviens moins intelligent au fur et à mesure
que la journée s'avance. Quand j'écris, je me lève tôt, prends un petit-déjeuner
léger et je m'y mets. Généralement, je tiens quatre heures, quatre heures et
demie. Et puis après ça, j'essaie de continuer dans l'après-midi. En tant que
producteur, j'ai beaucoup d'autres responsabilités et en général, cela suffit à
bien remplir ma journée. Quand je suis en train de travailler sur une histoire
donnée, je dois quand même pouvoir livrer les bases du synopsis d'une autre pour
le lendemain, tout en travaillant par ailleurs sur les grandes lignes et le plan
d'une troisième histoire, sans compter qu'il faut que je règle les autres trucs
plus généraux. Mais pour ce qui est d'écrire des scènes ou des dialogues, je ne
vaux quelque chose que durant quatre, ou peut-être cinq heures par jour. Je ne
suis pas comme ces personnes qui peuvent écrire pendant dix heures d'affilée.
S.TV : Qu'en est-il de l'aspect production ?
RCC : C'est un processus de collaboration.
Les meilleurs producteurs s'entourent de gens vraiment talentueux et sont
capables de les laisser faire leur métier. Nous sommes plus de trois cents à
travailler à faire notre série et chacune de ces personnes tient un rôle
déterminant dans le résultat final qui est diffusé. Nous en sommes à la sixième
saison de la série, mais c'est seulement maintenant qu'elle a acquis sa vraie
vitesse de croisière, qu'elle a fini de prendre son élan. Au fur et à mesure que
de plus en plus de gens regardent Stargate, ils en parlent et disent que c'est
une très bonne série et conseillent aux autres de la regarder aussi.
S.TV : Cela fait à présent quelques années que
vous écrivez pour les mêmes personnages, vous devez les connaître absolument par
cœur maintenant, non ?
RCC : Oh oui ! Absolument ! Mais il m'a
fallu quatre ans pour correctement cerner Richard Dean Anderson ! Et je ne suis
même pas sûr d'y être arrivé, finalement. En fait, je ne crois pas que cela soit
vraiment possible, parce que son style et son ton ont tendance à changer sans
arrêt. Mais peu à peu, je crois que nous avons finalement réussi à trouver le
personnage du colonel Jack O'Neill tel qu'il avait souhaité. Cela m'a mis en
confiance, je pense pouvoir écrire pour lui, pour sa voix. Mais oui, je croix
que tous les personnages sont à présent très précisément définis…
S.TV : Vous est-il arrivé d'être impressionné
vous-même par une scène que vous avez écrite, si les acteurs et l'équipe y ont
ajouté quelque chose d'extraordinaire de leur propre fait, par exemple ?
RCC : C'est arrivé plusieurs fois. On peut
même dire que Richard le fait tout le temps ! Il ne cesse d'apporter des
contributions personnelles à tout. Il donne aux scènes des choses auxquelles
personne ne pouvait s'attendre, il adore faire faire des choses surprenantes à
son personnage… Le plus amusant, c'est que l'on espère toujours, on essaie
toujours d'imaginer les meilleures versions possibles d'une scène. Par exemple,
dans la scène finale de Zénith (Meridian-5#21) où Michael Shanks fait ses
adieux, les émotions que Richard Dean Anderson et lui ont réussi à exprimer
étaient tout simplement fabuleuses. C'était mieux que tout ce que nous avions
espéré. De bien des façons, nous nous sommes mis à nous attendre à cette espèce
de perfection de la part de nos acteurs parce qu'ils sont très talentueux. Mais
il ne faut pas considérer ça comme acquis. Le même genre de chose est arrivé
dans l'épisode Paradise Lost (6#15) que j'ai écrit cette année et dans lequel
Jack O'Neill se retrouve piégé avec Maybourne sur une autre planète. Scène après
scène, leur duo se révélait bien meilleur que tout ce à quoi nous étions en
droit d'attendre. Les scènes n'étaient déjà pas mal sur le papier, en toute
modestie, mais ce que ces deux-là en ont fait était vraiment fantastique !
S.TV : Vous avez écrit des scènes très
amusantes, comme celle dans Ascension qui pastiche La Guerre des étoiles. Est-ce
que vous vous êtes amusé à faire ça ?
RCC : Oh oui ! Je me suis vraiment marré en
écrivant ce machin genre La Guerre des étoiles. (Rire) Je l'ai écrit parce que
tout le monde me prend pour un fétichiste de ce film. Il est vrai que j'ai une
tendance à utiliser ce film comme une référence, quand j'essaye d'expliquer la
structure des personnages ou des choses comma ça. Mais, vous savez, dans
Ascension (Ascension-5#03), je voulais donner à Amanda Tapping l'occasion de
briller et la possibilité de faire quelque chose en dehors de l'univers habituel
de Stargate. Du coup, beaucoup de fans de la série ont donné leur avis, ils ont
écrit qu'ils aimeraient voir ce personnage évoluer dans son univers familier,
chez elle, plus souvent. Nous n'allons pas faire ça, à moins qu'il y ait une
bonne histoire derrière ça. Assister au dîner des personnages chez eux n'a aucun
intérêt sauf s'il y a une bonne raison de le montrer. En tout cas, Ascension
nous a donné la possibilité d'aller visiter la maison de Carter.
S.TV : Vous avez écrit Zénith (Meridian-5#21) et
Full Circle. Est-ce que vous êtes devenu le spécialiste des tâches impossibles,
celui qui écope de toutes les difficultés ?
RCC : (Rire.) Je ne sais pas comment cela a
commencé ! Vous savez, parfois nous nous retrouvons dans une pièce, à parler du
scénario, et quelqu'un apporte sa contribution à un aspect à l'histoire et elle
se transforme d'une façon qui la fait sienne, en quelque sorte… Par exemple, à
la fin de la saison trois, j'ai présenté l'intrigue de Nemesis (3#22) et c'est
devenu l'épisode final de la saison. Et puis, après j'ai fait Victoires
illusoires (Small Victories-4#01) qui est devenu le premier de la saison
suivante, c'étaient deux grands épisodes. Cela a vraiment commencé avec Les
flammes de l'enfer 1 et 2 (Jolinar's Memories-3#12, The Devil You Know-3#13).
S.TV : Est-ce que vous vous en sentez flatté ou
bien, au contraire, est-ce que cela vous effraie ?
RCC : J'adore ça ! J'adore ces défis ! Il
est certain qu'avec Zénith (Meridian-5#21), je voulais vraiment rendre hommage
au personnage de Michael pour son départ de la série. Il y a eu évidemment
beaucoup de critiques émises à propos de cet épisode, beaucoup de gens qui n'ont
pas aimé et ont pensé que je n'avais pas rendu justice au personnage. Mais je
suis très fier de ce que j'ai écrit pour cet épisode, je trouve qu'il n'est pas
mal du tout. De tous les épisodes que j'ai écrits, de ceux qui se remarquent,
Zénith demeure un de mes préférés. Je trouve que les acteurs ont réussi leur
coup et ont fait un boulot merveilleux. Cela a clôturé ma petite mini série sur
Oma, les créatures ascendantes dont j'avais commencé à parler dans Instinct
maternel (Maternal Instinct-3#19) et continué avec Pouvoir absolu (Absolute
Power-4#17) et Ascension. Je voulais en quelque sorte finir cette petite
histoire dans l'histoire.
S.TV : Vous avez écrit également des épisodes
pleins d'émotion. Est-ce quelque chose que vous aimez particulièrement faire ?
RCC : C'est précisément ça qui rend la série
si bonne. Vous savez, il y a un très bon exemple, cette saison dans Paradise
Lost (6#15), l'épisode est essentiellement centré sur le colonel Jack O'Neill
perdu sur une planète, et l'autre face de l'histoire raconte comment Carter,
Teal'c et Jonas le recherchent. Mais tout le temps, Carter est sur les nerfs et
combative avec tout le monde.
Finalement, il y a une scène où elle craque et pique une colère. Teal'c vient
lui parler et on comprend que la disparition d'O'Neill la secoue énormément et
que c'est pour ça qu'elle était agressive depuis le début. Nous avons été
confrontés à un problème parce que la scène était trop longue pour notre
planning. Nous avons discuté de la possibilité de laisser tomber cette scène
parce qu'elle n'était pas indispensable à l'histoire. Amanda s'est battue pour
la garder et elle m'a convaincu, alors j'ai décidé que nous la garderions parce
que c'est le moment clé de l'épisode. Ce n'était pas suprêmement intéressant
côté O'Neill, mais ça le devenait côté Carter. Elle a une réplique où elle dit :
" Je viens de perdre Daniel, je ne pourrais pas supporter de perdre aussi
O'Neill. " Je crois que, autant les acrobaties, les tirs, les explosions, les
fusillades et les courses effrénées font intimement partie de la série, autant
ce sont les moments comme celui-ci qui rendent les choses intéressantes. Je
crois que tout ça ne serait que du bruit si on n'était pas attaché aux
personnages qui sont dans ces situations.
S.TV : La plupart des gens voient Stargate comme
une série d'action mais beaucoup des téléspectateurs aiment les personnages et
leurs relations…
RCC : En fait, nous n'avons pas le choix !
Nous ne pouvais pas faire de l'action constamment, ça coûte trop cher. Nous
pouvons nous permettre un peu d'action… et beaucoup de dialogues ! Forcément,
les dialogues doivent être intéressants. Pour les rendre intéressants il faut
que les personnages s'investissent d'un point de vue émotionnel ou alors il faut
qu'ils soient amusants. Ce sont les deux seules choses que l'on puisse faire.
S.TV : Cette année vous avez fait revenir el
personnage de Mac Kay dans les deux épisodes de Redemption (6#01 et 6#02). Vous
aimez utiliser ce personnage ?
RCC : Oh oui ! J'adore le personnage de Mac
Kay ! Et encore plus l'acteur. Il était dans le film 48 heures où il a fait un
boulot formidable. Je me suis dit en le voyant qu'il faudrait que je travaille
avec cet acteur parce qu'il était vraiment très drôle. Il y avait un épisode
cette année qui s'appelait The Other Guys (6#08), écrit par Damian Kindler. Sur
le papier, c'était très drôle. Mais on ne peut jamais être sûr de ce que ça
donnera aux mains des comédiens, si ça passera ou pas, et Patrick Mac Kenna a
été vraiment très drôle. Il a été si convaincant que nous avions désespérément
envie de trouver un moyen de travailler avec lui à nouveau.
S.TV : Au fil des années, vous avez démontré à
quel point vous êtes un auteur au talent varié : vous avez écrit des scènes
d'action et des scènes d'émotion…
RCC : L'épisode idéal de Stargate a toutes
ces qualités-là. De l'action, de l'émotion, de la comédie. A mon avis, avec un
peu de chance, Full Circle sera comme ça… Je suis très impatient de voir la
version finale montée !
S.TV : Avez-vous déjà jamais proposé un synopsis
que vous auriez vraiment voulu développer en scénario mais qui n'a jamais été
tourné ?
RCC : Non, en fait la seule idée qu'on m'ait
refusée, je crois que c'était vers la fin de la première saison, c'est parce
qu'elle se révélait trop chère. C'était l'histoire d'une porte des étoiles sous
l'eau. Puis, au moment de la troisième saison, notre chef des effets spéciaux
nous a annoncé que si nous avions des histoires sous-marines, il disposait d'un
nouveau logiciel qui les rendrait abordables financièrement. Alors, j'ai couru à
mon bureau pour ressortir ma vieille idée. Ca a donné Eaux troubles
(Watergate-4#07).
S.TV : Est-ce qu'il y aurait une autre série TV
que vous aimeriez regarder en ce moment ?
RCC : J'adore, je vénère Les Soprano !
J'adore Friends également. La vie réelle est pleine de trop d'horreurs, donc
quand je regarde la télé, c'est pour me divertir et rigoler un peu. Quand
c'était bien écrit, A la Maison-Blanche était une meilleure chose qui soit
arrivée à la télévision.
S.TV : Et qu'en est-il de La Guerre des étoiles
?
RCC : Disons que je rêve de rencontrer
George Lucas et de le vénérer comme le dieu qu'il est ! (Rire) Pour être franc,
je suis un peu jaloux de ce qu'il a été capable de faire. Ce que nous faisons me
semble si peu de choses en comparaison… Il faut dire que nous avons un très
petit budget comparé au sien. J'adorerais avoir autant d'argent, autant de
ressources et autant de temps pour écrire un épisode de Stargate. Est-ce que
vous imaginez ce que nous pourrions faire dans des conditions pareilles ?
Caroline Terrée
Séries TV Hors Série Stargate SG-1
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